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Canicules marines : quels impacts sur l’Océan et sa biodiversité ?

il y a 11 minutes
5 min de lecture

Quand on parle de canicule, on pense généralement à des températures exceptionnellement élevées dans l’atmosphère, à des villes qui suffoquent et à des records de chaleur. Mais ces épisodes de chaleur extrême ne concernent pas uniquement les continents. Ils touchent également l’Océan.


Depuis plusieurs décennies, les scientifiques observent une augmentation des canicules marines, aussi appelées vagues de chaleur marines (marine heatwaves). Plus fréquentes, plus longues et plus intenses, elles constituent une menace croissante pour les écosystèmes marins, mais aussi pour les activités humaines qui dépendent de l’Océan.


Anomalies de température océaniques mondiales en Juillet 2026.
Anomalies de température océaniques mondiales en Juillet 2026. Source : climatereanalyzer.org

Qu’est-ce qu’une canicule marine ?

Une canicule marine correspond à une période durant laquelle la température de l’eau est anormalement élevée par rapport aux températures habituellement observées dans une même région et à la même période de l’année.

Selon la définition scientifique couramment utilisée, une vague de chaleur marine correspond à une période d’au moins 5 jours consécutifs durant laquelle la température de la mer dépasse le 90e percentile des températures historiques pour cette période et cet endroit.



Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il n’est donc pas nécessaire que l’eau atteigne une température « record » pour parler de canicule marine. C’est l’anomalie par rapport aux températures habituelles qui compte.

Ces épisodes peuvent durer quelques jours, mais aussi plusieurs semaines ou plusieurs mois, et s’étendre sur des centaines, voire des milliers de kilomètres. Et surtout, les canicules marines sont de plus en plus fréquentes.



Des canicules marines deux fois plus fréquentes depuis les années 1980

Le constat du GIEC est sans ambiguïté : les canicules marines ont environ doublé en fréquence depuis les années 1980. Elles sont également devenues plus intenses et plus longues.

Le réchauffement global de l’Océan joue un rôle majeur dans cette évolution. L’Océan absorbe en effet l’essentiel de l’excès de chaleur accumulé dans le système climatique.

Le GIEC estime par ailleurs que l’influence humaine a très probablement contribué à la majorité des canicules marines observées depuis au moins 2006.

Et la tendance devrait se poursuivre : selon les scénarios d’émissions, les canicules marines pourraient devenir 2 à 9 fois plus fréquentes d’ici la fin du siècle par rapport à la période 1995-2014. Dans les scénarios les plus émetteurs, certaines régions pourraient même connaître des épisodes de chaleur marine quasiment permanents.



Cette évolution est particulièrement préoccupante car les organismes marins sont souvent adaptés à des conditions de température relativement stables. Une hausse de quelques degrés, même temporaire, peut donc avoir des conséquences considérables.



Des écosystèmes marins particulièrement vulnérables

Les canicules marines ne se contentent pas de réchauffer l’eau : elles peuvent provoquer des mortalités massives et des transformations durables des écosystèmes.

Les récifs coralliens, les forêts de laminaires, les herbiers marins ou encore les mangroves font partie des écosystèmes particulièrement sensibles aux épisodes de chaleur extrême. Le GIEC rapporte ainsi des mortalités massives liées aux canicules marines dans différents écosystèmes côtiers et océaniques.



Le blanchissement des coraux

Les récifs coralliens sont parmi les écosystèmes les plus emblématiques de ces bouleversements.

Lorsque la température de l’eau augmente fortement, les coraux peuvent expulser les microalgues avec lesquelles ils vivent en symbiose. Ils perdent alors leur couleur : c’est le phénomène de blanchissement des coraux.

Un blanchissement prolongé ou répété peut entraîner la mort des coraux et fragiliser l’ensemble des écosystèmes qui dépendent des récifs.

Les canicules marines favorisent également, dans certaines conditions, la prolifération d’algues nuisibles ou toxiques. Ces phénomènes peuvent perturber les écosystèmes, mais aussi avoir des conséquences sur la pêche, le tourisme et la santé humaine.


La disparition des herbiers marins

Les herbiers marins jouent pourtant un rôle essentiel dans les écosystèmes côtiers. Ils offrent des zones de refuge et de reproduction pour de nombreuses espèces et participent au stockage du carbone.

L’exemple de Shark Bay, en Australie-Occidentale, illustre particulièrement bien la gravité de ces phénomènes.

Une canicule marine survenue durant l’été 2010-2011 a provoqué d’importantes pertes d’herbiers marins. Une étude publiée dans Nature Climate Change estime que 36 % des herbiers denses étudiés avaient été dégradés après cet épisode. Les chercheurs estiment que cette dégradation a pu entraîner la libération de 2 à 9 millions de tonnes de CO₂ dans l’atmosphère au cours des trois années suivantes.

Cet exemple montre une autre conséquence préoccupante des canicules marines : elles peuvent fragiliser certains des écosystèmes qui contribuent justement à stocker du carbone.



Des espèces marines qui se déplacent et des écosystèmes qui se transforment

Une canicule marine ne tue pas nécessairement toutes les espèces de manière uniforme. Certaines supportent mieux les températures élevées que d’autres.

Lorsque les conditions changent, certaines espèces peuvent donc se déplacer vers des eaux plus froides, tandis que d’autres déclinent ou disparaissent localement.

Cela peut provoquer une profonde réorganisation des communautés marines et des chaînes alimentaires.


En Méditerranée, par exemple, le réchauffement de la mer facilite l'installation et l'expansion de certaines espèces provenant de régions plus chaudes. Le poisson-lion, originaire de la mer Rouge et arrivé en Méditerranée via le canal de Suez, s'est ainsi largement répandu depuis le début des années 2010.

Les canicules marines ne sont pas l’unique cause de ces invasions (les échanges via le canal de Suez, notamment, jouent un rôle majeur) mais le réchauffement des eaux peut rendre certaines régions méditerranéennes plus favorables à des espèces thermophiles.

À l’inverse, des espèces adaptées à des eaux plus froides peuvent se retrouver en difficulté.

Ces changements peuvent modifier les réseaux trophiques, les habitats disponibles et, à terme, la composition même de certains écosystèmes.




Des conséquences pour la pêche, le tourisme et la santé humaine

Les canicules marines ne sont donc pas uniquement un problème écologique. Elles peuvent également avoir des conséquences économiques et sociales importantes.

La pêche peut être affectée lorsque des espèces commerciales disparaissent localement, se déplacent ou voient leurs populations diminuer. Les canicules marines peuvent également provoquer des mortalités importantes chez certaines espèces exploitées ou perturber les écosystèmes dont dépendent les activités de pêche et d’aquaculture.

Le tourisme peut lui aussi être touché. La dégradation des récifs coralliens, la disparition de certains paysages sous-marins ou la prolifération d’algues nuisibles peuvent affecter l’attractivité de certaines destinations côtières.

Enfin, certaines proliférations d’algues peuvent produire des toxines présentant des risques pour la santé humaine. Les conséquences peuvent alors concerner directement les populations vivant sur le littoral, mais aussi les professionnels de la pêche, de l’aquaculture et du tourisme.



Pourquoi les canicules marines doivent-elles nous préoccuper ?

Les canicules marines illustrent parfaitement le lien entre climat, biodiversité et sociétés humaines : lorsque l’Océan se réchauffe, ce sont des écosystèmes, des économies et des populations qui peuvent être affectés.

Elles ne constituent pas un phénomène isolé : elles s’inscrivent dans un contexte plus large de réchauffement de l’Océan, d’acidification, de désoxygénation, de pollution, de surpêche et de destruction des habitats. Ces différentes pressions peuvent se cumuler et rendre les écosystèmes moins résilients face aux événements extrêmes.


Réduire rapidement les émissions de gaz à effet de serre reste essentiel pour limiter le réchauffement de l’Océan et l’intensification des canicules marines. En parallèle, protéger et restaurer les écosystèmes marins (herbiers, mangroves, récifs, forêts de laminaires) via des aires marines protégées permet de renforcer leur capacité de résilience face aux changements à venir.



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